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Paracha Chémot

שְׁמוֹת

De l'effacement à l'appel : naissance d'une vocation et révélation du Nom

Livre de l'Exode (Chémot 1,1 – 6,1)

🕯️ Introduction – Le contexte de Chémot

La Paracha Chémot ouvre le second livre de la Torah. Après la période de stabilité relative vécue par les fils d'Israël en Égypte à l'époque de Yossef, un changement brutal s'opère : une nouvelle dynastie monte sur le trône et ne reconnaît plus l'histoire passée. Le peuple hébreu devient une menace démographique, puis une main-d'œuvre asservie.


Chémot est la paracha du basculement : on y quitte la mémoire familiale pour entrer dans l'Histoire collective, marquée par l'oppression, le cri, puis l'appel d'Ashem. C'est aussi la paracha de la naissance de Moché, figure centrale de la délivrance, et de la première révélation du Nom divin dans le feu du buisson ardent.

📖 1️⃣ L'anonymat et l'oppression

La Torah ouvre sur une liste de noms :

« Voici les noms des fils d'Israël venus en Égypte. »

וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הַבָּאִים מִצְרָיְמָה

Ve-élé shemot bené Yisraël habaïm Mitsraïma

(Chémot 1,1)

Paradoxalement, alors que les noms sont rappelés, les individus disparaissent progressivement derrière la masse. Le Pharaon ne nomme pas Israël ; il le réduit à une force productive. Dans la tradition séfarade, les commentateurs soulignent que l'exil commence réellement lorsque le nom — donc la dignité — est nié.


Malgré l'oppression, la Torah insiste :

« Plus on l'opprimait, plus il se multipliait. »

וְכַאֲשֶׁר יְעַנּוּ אֹתוֹ כֵּן יִרְבֶּה

Ve-kha'acher ye'anou oto, ken yirbé

(Chémot 1,12)

L'affliction ne détruit pas Israël ; elle révèle une vitalité intérieure qui échappe au pouvoir politique.

👩 2️⃣ Les femmes, premières résistantes

La délivrance commence sans miracle spectaculaire, mais par des actes de conscience. Les sages-femmes refusent l'ordre de mort :

« Les sages-femmes craignirent Ashem. »

וַתִּירֶאןָ הַמְיַלְּדֹת אֶת־הָאֱלֹהִים

Vatiréna hameyaldot et-HaElohim

(Chémot 1,17)

Dans la tradition séfarade, la yirat Shamayim (crainte d'Ashem) n'est pas une peur, mais une fidélité intérieure à une loi plus haute que celle du tyran.


Yokhéved, Myriam et la fille de Pharaon poursuivent cette chaîne silencieuse de résistance. La fille de Pharaon sauve l'enfant en transgressant l'ordre paternel : la compassion précède la Torah révélée.

🌄 3️⃣ Moché : un homme qui fuit avant d'être appelé

Moché grandit entre deux mondes. Il voit l'injustice, agit, puis fuit. L'exil personnel précède la mission collective. La Torah montre un Moché hésitant, maladroit, éloigné de toute ambition de pouvoir.


C'est dans le désert, lieu du dépouillement, qu'Ashem l'appelle :

« Un messager d'Adonaï lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. »

וַיֵּרָא מַלְאַךְ יְהוָה אֵלָיו בְּלַבַּת־אֵשׁ מִתּוֹךְ הַסְּנֶה

Vayéra malakh Adonaï élav belabat-esh mitokh hasné

(Chémot 3,2)

Le buisson brûle sans se consumer : image classique, dans la tradition séfarade, d'Israël dans l'exil — éprouvé, mais non détruit.

4️⃣ Le Nom et la mission

Moché demande : « Quel est Ton Nom ? »

« Je serai ce que Je serai. »

אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה

Ehyeh acher ehyeh

(Chémot 3,14)

Ashem ne donne pas une définition figée, mais une promesse de présence. Il sera avec Israël dans chaque étape de l'histoire. La délivrance n'est pas seulement un événement futur : elle commence par la certitude que la Présence accompagne la souffrance.

🌟 Conclusion

La Paracha Chémot enseigne que la délivrance naît dans l'ombre : dans les gestes anonymes, dans la fidélité silencieuse, dans l'écoute d'un appel qui dérange. Avant les plaies, avant la mer fendue, il y a un peuple qui crie, des femmes qui désobéissent, un homme qui doute et un Nom qui se révèle comme promesse de présence.


Chémot n'est pas seulement le récit d'un commencement historique ; c'est une invitation permanente. Chaque génération, selon la tradition séfarade, est appelée à entendre à nouveau cette voix :

Chémot — "Les Noms"

  • La dignité préservée. Même dans l'oppression la plus brutale, les noms restent : chaque individu garde sa dignité devant Ashem, même quand le pouvoir politique cherche à l'effacer.
  • La résistance silencieuse. La délivrance commence par des actes de conscience, des gestes de compassion, des choix moraux qui préfigurent la Loi révélée.
  • L'appel dans le désert. C'est dans le lieu du dépouillement, loin du bruit et des ambitions, qu'Ashem se révèle et appelle à la mission.
  • La présence qui accompagne. Le Nom divin n'est pas une définition abstraite, mais une promesse : « Je serai avec toi » — même au cœur de l'exil.

Shabbat Chalom.

🎥 Étude vidéo de la Paracha Chémot

Découvrez cette étude en format vidéo pour approfondir votre compréhension de la Paracha Chémot et de ses enseignements sur l'oppression, la résistance, la révélation du Nom divin et la promesse de la Présence d'Ashem dans l'exil.