La justice comme prolongement de la Révélation
Chemot / Exode 21,1 – 24,18
La Paracha Michpatim (מִשְׁפָּטִים), située en Chemot / Exode 21,1 – 24,18, s'inscrit immédiatement après le don des Dix Paroles au mont Sinaï.
Après la théophanie, le tonnerre et le feu, la Torah descend volontairement dans le quotidien concret de la vie humaine.
Le mot Michpatim signifie lois, jugements, mais plus profondément cadres de justice organisant la société.
La tradition séfarade souligne que ces lois ne sont pas secondaires ou purement sociales : elles sont le prolongement direct de la Révélation. Servir Hachem ne se limite pas au rituel ; cela se manifeste dans la manière de traiter autrui, le faible, l'étranger, le travailleur.
La Torah enseigne ainsi que la sainteté se vit dans la rue, le tribunal, la maison et le marché.
La paracha s'ouvre sur une formulation frappante :
« Voici les lois que tu placeras devant eux. »
וְאֵלֶּה הַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר תָּשִׂים לִפְנֵיהֶם
Ve-élé ha-michpatim asher tassim lifnéhem
(Chemot 21:1 / Exode 21:1)
Rachi, suivi par la tradition séfarade, explique : "Lifnéhem" – comme une table dressée, claire et accessible.
La justice d'Adonaï ne doit jamais être obscure ni réservée à une élite.
Les lois concernant l'ouvrier, l'esclave hébreu, les dommages corporels ou matériels montrent une exigence centrale : aucune personne n'est réductible à un objet.
Michpatim insiste moins sur la punition que sur la responsabilité et la réparation.
« Œil pour œil »
עַיִן תַּחַת עַיִן
Ayin taḥat ayin
(Chemot 21:24 / Exode 21:24)
La tradition rabbinique séfarade enseigne unanimement qu'il ne s'agit pas de vengeance physique, mais d'une évaluation équitable du préjudice.
La Torah impose une justice mesurée, humaine, proportionnée.
➡️ La réparation devient un acte spirituel : réparer le tort, c'est restaurer l'ordre voulu par Hachem.
La Paracha consacre un espace majeur à la veuve, à l'orphelin, à l'étranger et au pauvre :
« Tu n'opprimeras ni la veuve ni l'orphelin. »
כָּל־אַלְמָנָה וְיָתוֹם לֹא תְעַנּוּן
Kol almana vé-yatôm lo te'anoun
(Chemot 22:21 / Exode 22:21)
Et plus loin :
« Tu n'opprimeras pas l'étranger. »
וְגֵר לֹא תִלְחָץ
Vé-guer lo tilḥats
(Chemot 22:20 / Exode 22:20)
La tradition séfarade rappelle que l'étranger est celui dont la voix est fragile.
Adonaï se présente ici comme le garant direct de sa protection.
Michpatim lie justice sociale et conscience religieuse :
« Éloigne-toi de la parole mensongère. »
מִדְּבַר־שֶׁקֶר תִּרְחָק
Midvar sheker tirḥaq
(Chemot 23:7 / Exode 23:7)
La Torah n'ordonne pas seulement de ne pas mentir, mais de s'éloigner activement du mensonge.
Dans la pensée séfarade, cela signifie : ne pas manipuler la loi, ne pas détourner la vérité même subtilement.
La paracha s'achève par un moment fondateur :
« Nous ferons et nous écouterons. »
נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע
Na'assé vé-nishma
(Chemot 24:7 / Exode 24:7)
Israël accepte la Torah avant même d'en maîtriser toute la compréhension.
La tradition séfarade y voit la maturité spirituelle : agir avec confiance, puis approfondir.
La Paracha Michpatim enseigne que la proximité avec Hachem ne se mesure pas uniquement dans la prière ou l'étude, mais dans la justice quotidienne.
Observer la Torah, c'est :
Michpatim nous rappelle que la sainteté commence là où l'humain est respecté.
La Révélation du Sinaï ne s'est pas arrêtée au sommet de la montagne : elle descend dans chaque acte de justice accompli au nom d'Adonaï.
Shabbat Shalom.
Découvrez cette étude en format vidéo pour approfondir votre compréhension de la Paracha Michpatim et des lois qui suivent la Révélation du Sinaï. Une exploration de la justice comme prolongement de la Torah, de la protection des plus vulnérables, de la responsabilité et de la réparation. Une réflexion sur la Torah comme parole vivante dans la tradition séfarade.