De l'obscurité à la liberté : naissance d'un peuple
Chémot / Exode 10,1 – 13,16
La Paracha Bo (Exode 10,1 – 13,16) se situe au point culminant de l'asservissement d'Israël en Égypte. Après des mois de plaies, Ashem ordonne à Moché d'entrer à nouveau chez Pharaon. Les trois dernières plaies vont frapper l'Égypte : les ténèbres, la mort des premiers-nés, puis la sortie d'Égypte.
Dans la tradition séfarade, Bo n'est pas seulement un récit historique : c'est l'acte fondateur de la liberté d'Israël, la première mitsva collective donnée au peuple (le calendrier), et l'institution de Pessa'h, mémoire vivante de la délivrance.
« Ashem dit à Moché : Entre chez Pharaon »
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה בֹּא אֶל־פַּרְעֹה
Vayomer Adonaï el Moché, bo el Par'o
(Chémot / Exode 10,1)
Le verbe bo (« viens ») est frappant. Ashem ne dit pas « va », mais « viens avec Moi ». Les maîtres séfarades expliquent qu'Ashem accompagne Moché au cœur même de l'obscurité spirituelle de l'Égypte.
La délivrance commence avant la sortie physique : elle débute par une transformation intérieure, une prise de conscience.
« Il y eut une obscurité profonde dans tout le pays d'Égypte »
וַיְהִי חֹשֶׁךְ אֲפֵלָה בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרַיִם
Vayehi 'hochekh aféla békhol erets Mitsrayim
(Exode 10,22)
La tradition enseigne que ces ténèbres n'étaient pas seulement physiques. Elles symbolisent une obscurité morale et spirituelle, une incapacité à se lever, à avancer, à voir l'autre.
À l'inverse :
« Pour tous les enfants d'Israël, il y avait de la lumière dans leurs demeures »
וּלְכָל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הָיָה אוֹר בְּמוֹשְׁבֹתָם
Oulékhol bné Israël haya or bemoshvotam
(Exode 10,23)
La lumière n'est pas extérieure : elle naît dans les foyers, là où se transmettent la foi, la parole et l'espérance.
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois »
הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם רֹאשׁ חֳדָשִׁים
Ha'hodech hazé lakhem roch 'hodashim
(Exode 12,2)
Avant même la sortie d'Égypte, Ashem donne une mitsva essentielle : maîtriser le temps.
Dans la tradition séfarade, être libre, ce n'est pas seulement quitter une terre d'esclavage, c'est organiser sa vie autour du sens, des rendez-vous sacrés, du souvenir et de la transmission.
« Je verrai le sang et Je passerai au-dessus de vous »
וְרָאִיתִי אֶת־הַדָּם וּפָסַחְתִּי עֲלֵכֶם
Veraïti et-hadam oufasakhti 'alékhem
(Exode 12,13)
Le sang de l'agneau sur les portes n'est pas un signe magique. C'est un acte de courage, une rupture publique avec l'idolâtrie égyptienne.
La délivrance exige parfois un geste clair, visible, assumé.
« Tu raconteras à ton fils en ce jour-là »
וְהִגַּדְתָּ לְבִנְךָ בַּיּוֹם הַהוּא
Vehigadta lévin'kha bayom hahou
(Exode 13,8)
La sortie d'Égypte n'a de sens que si elle est racontée.
Dans la tradition séfarade, la parole transmise est un pilier : raconter, expliquer, questionner. Un peuple qui n'enseigne plus son histoire retourne, tôt ou tard, à l'esclavage.
La Paracha Bo nous enseigne que la liberté ne commence pas par un changement de lieu, mais par un changement de regard.
Ashem accompagne l'homme dans l'obscurité, lui donne la capacité de sanctifier le temps, d'oser des choix clairs et de transmettre.
Chaque génération est appelée à sortir de sa propre Égypte, à rallumer la lumière dans ses demeures, et à raconter, encore et encore, que la liberté est possible.
Bo — "Viens" / "Entre"
Shabbat Chalom.
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