"Au commencement"
La Paracha Beréchit (בְּרֵאשִׁית), première section de la Torah, ouvre le rouleau de la Genèse. Elle s'étend de Béréchit 1:1 à 6:8, racontant la création du monde, la formation de l'homme, la chute d'Adam et Ève, le meurtre d'Abel par Caïn et la corruption progressive de l'humanité.
C'est le texte fondateur, celui qui pose les bases de la foi, du langage, de la responsabilité morale et du rapport de l'homme à Dieu.
"Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre."
בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ
Beréchit bara Elohim et hashamaïm véet haarets
(Genèse 1:1)
Les sages séfarades enseignent que ce premier mot Beréchit — "Au commencement" — contient déjà tout le mystère du monde : les lettres ב–ר–א–ש–י–ת forment les initiales de "Barah Chittah" (Il a créé six), une allusion aux six jours de la création.
Chaque jour de la Création suit une structure de séparation, d'ordre et de bénédiction :
"Dieu vit que cela était bon."
וַיַּרְא אֱלֹהִים כִּי־טוֹב
Vayar Elohim ki tov
Cette progression montre une logique : Dieu façonne un monde d'ordre, où chaque chose reçoit sa place et sa fonction. Le Rambam (Maïmonide) enseigne que la sagesse divine se révèle dans cette gradation, où la complexité croît jusqu'à l'homme, porteur d'esprit.
"Dieu créa l'homme à Son image, à l'image de Dieu Il le créa."
וַיִּבְרָא אֱלֹהִים אֶת־הָאָדָם בְּצַלְמוֹ בְּצֶלֶם אֱלֹהִים בָּרָא אֹתוֹ
Vayivra Elohim et haadam betsalmo, betselem Elohim bara oto
(Genèse 1:27)
Le Séfer HaZohar commente que cette "image" (tselem) n'est pas physique mais spirituelle : la capacité de connaître, de choisir, de créer. Ainsi, l'homme devient co-créateur du monde : par la parole, la pensée et l'action juste.
La tradition séfarade, fidèle à la pensée de Rav Ben Attar (Or HaHaïm), rappelle que l'homme porte une responsabilité sacrée : préserver la lumière originelle en maîtrisant son instinct (yetser).
Le récit du Jardin d'Éden n'est pas une simple faute, mais la naissance de la conscience morale. En mangeant du fruit défendu, Adam et Ève découvrent la connaissance du bien et du mal, c'est-à-dire la complexité de la liberté.
"Ils prirent conscience qu'ils étaient nus."
וַיֵּדְעוּ כִּי עֵירֻמִּם הֵם
Vayéde'ou ki érummim hem
(Genèse 3:7)
Le mot érummim ("nus") partage sa racine avec 'arum ("rusé"), employé pour le serpent : la même racine sert la ruse et la révélation. C'est toute la tension de l'humanité : savoir sans dominer, être libre sans se perdre.
Le meurtre d'Abel inaugure la violence dans l'histoire humaine. Caïn, jaloux de la faveur divine accordée à son frère, laisse la colère dominer son cœur.
"Si tu t'améliores, tu t'élèveras ; sinon, le péché est tapi à la porte."
הֲלֹא אִם־תֵּיטִיב שְׂאֵת וְאִם לֹא תֵיטִיב לַפֶּתַח חַטָּאת רֹבֵץ
Halo im-tétiv séet, véim lo tétiv lapétaḥ ḥattat rovets
(Genèse 4:7)
Cette parole divine, selon le Rav Haim David Halevy, résume toute l'éthique séfarade : l'homme doit sans cesse dominer son impulsion négative (yetser hara) pour se rapprocher du bien. L'offrande agréée ou non n'est qu'un signe : ce qui compte, c'est la pureté du cœur.
La fin de la Paracha évoque la dégradation morale des hommes, leur violence (hamas) et la perte du respect de la vie. Dieu décide de mettre un terme à cette génération.
"L'Éternel regretta d'avoir fait l'homme sur la terre."
וַיִּנָּחֶם יְהוָה כִּי עָשָׂה אֶת־הָאָדָם בָּאָרֶץ
Vayinachem Adonaï ki 'assa et haadam baarets
(Genèse 6:6)
Mais un rayon d'espérance demeure : Noa'h trouva grâce aux yeux de Dieu. C'est la promesse que malgré la faute, le juste peut toujours restaurer l'harmonie du monde.
Beréchit n'est pas seulement le récit du commencement, mais la carte intérieure de chaque être humain. Chaque jour de la Création correspond à un aspect de notre croissance spirituelle :
La tradition séfarade voit dans cette lecture un appel à l'équilibre entre Chokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Da'at (connaissance vécue). En étudiant Beréchit, nous ne lisons pas l'histoire du passé, mais le miroir de notre propre genèse intérieure.
"Car le commandement est une lampe, et la Torah une lumière."
כִּי־נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר
Ki ner mitsva véTorah or
(Proverbes 6:23)
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