La Paracha Béchala'h (Exode/Shemot 13,17 – 17,16) s'ouvre au moment décisif de la sortie d'Égypte. Le peuple d'Israël, tout juste libéré de l'asservissement, n'est pas conduit par la route la plus courte, mais par un chemin de désert. Ce détour n'est pas une faiblesse stratégique : il est un temps pédagogique voulu par Ashem, afin que la liberté acquise devienne une liberté intérieure.
Dans la tradition séfarade, Béchala'h est appelée Shabbat Shirah – le Shabbat du Chant – car elle contient le cantique de la mer, sommet de louange collective et fondement de la prière chantée.
« Lorsque Pharaon renvoya le peuple, Ashem ne les conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, bien qu'il fût proche. »
וַיְהִי בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת־הָעָם וְלֹא־נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים כִּי קָרוֹב הוּא
Vayehi be-shalaḥ Par'oh et ha'am, velo naḥam Elohim derekh erets Pelishtim ki karov hou
(Exode 13,17)
La Torah souligne que la proximité géographique ne correspond pas à la maturité spirituelle. Selon les commentateurs séfarades (notamment Rabbénou Beḥayé), l'épreuve graduée évite un retour immédiat vers l'esclavage par peur du combat. La liberté exige un apprentissage progressif.
« Les enfants d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec. »
וַיָּבֹאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל בְּתוֹךְ הַיָּם בַּיַּבָּשָׁה
Vayavo'ou bene Yisra'el betokh hayam bayabasha
(Exode 14,22)
La tradition rapporte que la mer ne se fendit pleinement qu'au moment où Naḥshon ben Aminadav entra dans l'eau avec confiance. La foi n'est pas passive : elle engage l'action. Ici, l'intervention d'Adonaï répond à un pas humain décisif.
« Alors Moïse et les enfants d'Israël chantèrent ce cantique à Adonaï. »
אָז יָשִׁיר מֹשֶׁה וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת־הַשִּׁירָה הַזֹּאת לַיהוָה
Az yashir Moshe uvenei Yisra'el et hashira hazot la-Adonaï
(Exode 15,1)
La Shirat Hayam n'est pas un simple chant de victoire ; elle est une prophétie chantée. Dans la liturgie séfarade, elle est récitée quotidiennement avec solennité, car elle exprime une foi totale, sans demande, uniquement une reconnaissance.
« Voici, Je ferai pleuvoir pour vous du pain du ciel. »
הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם מִן־הַשָּׁמָיִם
Hineni mamtir lakhem leḥem min hashamayim
(Exode 16,4)
La manne enseigne la dépendance confiante envers Ashem : nul ne peut accumuler pour le lendemain, sauf pour le Shabbat. La subsistance devient une école de bitahon (confiance), au cœur de la vie quotidienne.
« Lui qui t'a attaqué en chemin. »
אֲשֶׁר קָרְךָ בַּדֶּרֶךְ
Asher karekha baderekh
(Exode 17,8)
Amalek incarne le doute, le refroidissement spirituel après l'élévation. La tradition séfarade insiste : Amalek surgit lorsque la gratitude s'affaiblit. La victoire ne vient pas seulement de l'épée, mais de l'élévation des mains de Moché, symbole de la prière tournée vers Adonaï.
La Paracha Béchala'h trace un chemin fondamental : sortir d'Égypte ne suffit pas, il faut sortir l'Égypte de soi. Le passage de la mer, le chant, la manne et la lutte contre Amalek composent une même leçon : la foi est un mouvement vivant, alternant élévation et épreuve.
Dans la tradition séfarade, Béchala'h rappelle que la liberté véritable se nourrit de chant, de confiance et de mémoire, afin que chaque génération apprenne à marcher avec Ashem, même lorsque le chemin semble plus long.
Béchala'h — "Il renvoya" / "Quand il laissa partir"
Shabbat Shalom.
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